Série d'articles
Comprendre Claude
Partie 3 sur 3
3Les Skills : personnaliser Claude sans magie
Comprendre Claude — Partie 3
Les Skills : personnaliser Claude sans magie
10 décembre 2025Context Collective
Les Skills : personnaliser Claude sans magie
Troisième et dernier article d'une série sur le fonctionnement interne de Claude
Introduction
On a vu comment Claude fonctionne : un modèle stateless orchestré par du code côté client. Maintenant, comment le personnaliser ?
C'est là qu'interviennent les Skills. Un système élégant qui permet d'ajouter des compétences à Claude — sans fine-tuning, sans complexité, juste avec du texte structuré.
Cet article démystifie les Skills, explique comment les créer, et répond à la question : peut-on en charger 50 sans que ça parte en vrille ?
C'est quoi une Skill ?
Une Skill, c'est un dossier contenant des instructions et des ressources que Claude peut utiliser.
Concrètement :
ma-skill/
├── SKILL.md # Obligatoire : instructions principales
├── scripts/ # Optionnel : code exécutable
├── references/ # Optionnel : documentation détaillée
└── assets/ # Optionnel : templates, images, etc.
C'est tout. Pas de format propriétaire, pas de compilation, pas de magie. Du Markdown et des fichiers.
Le fichier SKILL.md
C'est le cœur de la Skill. Deux parties :
1. Frontmatter YAML (métadonnées) :
---
name: email-writer
description: "Rédaction d'emails professionnels. Utiliser quand
l'utilisateur demande de l'aide pour écrire un email,
rédiger une réponse, ou améliorer un message."
---
2. Corps Markdown (instructions) :
# Email Writer
## Workflow
1. Identifier le contexte (formel/informel)
2. Demander les points clés si non fournis
3. Proposer une structure avant de rédiger
...
Comment Claude charge les Skills
Le chargement est progressif, en 3 niveaux :
Niveau 1 : Métadonnées (toujours chargées)
Au démarrage, Claude reçoit la liste de toutes les Skills disponibles :
<available_skills>
<skill>
<name>docx</name>
<description>Création de documents Word...</description>
<location>/mnt/skills/public/docx/SKILL.md</location>
</skill>
<skill>
<name>pdf</name>
<description>Manipulation de PDF...</description>
<location>/mnt/skills/public/pdf/SKILL.md</location>
</skill>
</available_skills>
~100 tokens par Skill. Juste les noms et descriptions.
Niveau 2 : SKILL.md complet (si trigger)
Quand ta demande correspond à une description, Claude lit le fichier SKILL.md complet avec l'outil
view.C'est le modèle lui-même qui décide de le faire. Le prompt système lui dit :
"Commence chaque tâche en lisant le SKILL.md approprié"
Niveau 3 : Ressources (à la demande)
Si le SKILL.md référence des scripts ou de la documentation, Claude les charge quand il en a besoin.
Niveau 1: Métadonnées → Toujours en contexte (~100 tokens/skill)
Niveau 2: SKILL.md → Chargé si trigger (~2k tokens)
Niveau 3: Ressources → Chargé si besoin (variable)
Le trigger, c'est la description
Point crucial : Claude décide de charger une Skill en se basant sur la description du frontmatter.
Une description mal écrite = une Skill qui ne se déclenche jamais.
# MAUVAIS
description: "Aide à créer des documents"
# BON
description: "Création de fichiers .docx Word avec mise en forme
professionnelle. Utiliser pour : nouveaux documents Word,
modification de .docx existants, ajout de tableaux/images.
NE PAS utiliser pour : PDF, présentations, markdown."
Anatomie d'une Skill bien conçue
Anthropic fournit un "Skill Creator" avec les best practices. Voici les principes clés.
1. "Concise is key"
Le contexte est une ressource partagée. Chaque token compte.
# MAUVAIS (verbeux)
## Introduction
Cette skill a été créée pour aider les utilisateurs à rédiger
des emails professionnels de haute qualité. Elle prend en compte
de nombreux facteurs importants comme le ton, la structure...
# BON (direct)
## Workflow
1. Identifier le ton (formel/informel)
2. Structurer : objet → contexte → demande → signature
3. Relire pour concision
2. "Claude is already very smart"
N'ajoute que ce que Claude ne sait pas. Pas besoin d'expliquer ce qu'est un email.
3. Progressive disclosure
Le SKILL.md donne les grandes lignes. Les détails sont dans des fichiers séparés, chargés à la demande.
## Formats supportés
- Pour les tableaux complexes, voir [tables.md](references/tables.md)
- Pour les graphiques, voir [charts.md](references/charts.md)
4. Degrés de liberté appropriés
Plus la tâche est fragile, plus les instructions doivent être précises.
| Tâche | Liberté | Format |
|---|---|---|
| Rédaction créative | Haute | Guidelines textuelles |
| Configuration technique | Moyenne | Pseudocode, paramètres |
| Manipulation de fichiers | Basse | Scripts exacts |
Peut-on charger 50 Skills sans saturation ?
C'est LA question pratique. Réponse : oui, mais.
Le coût en tokens
Faisons le calcul :
- 50 Skills × ~50 mots de description = ~2500 mots ≈ 3500 tokens
- Sur une context window de 200k tokens = 1.75%
En termes de place, c'est négligeable.
Le vrai problème : la collision de triggers
Le risque n'est pas la place, c'est la confusion.
EXEMPLE DE COLLISION
────────────────────
Skill A: "Aide à rédiger des emails professionnels"
Skill B: "Assistant pour toutes les communications écrites"
Skill C: "Rédaction de documents business et correspondance"
User: "Aide-moi à écrire un email à mon client"
→ Les 3 matchent. Laquelle charger ?
Observations pratiques
| Nombre de Skills | Comportement |
|---|---|
| 1-10 | Triggers fiables |
| 10-30 | OK si descriptions distinctes |
| 30-50 | Hésitations possibles |
| 50+ | Nécessite des descriptions très précises |
Stratégies pour gérer 50+ Skills
1. Descriptions ultra-précises
Dire non seulement CE QUE fait la Skill, mais aussi QUAND l'utiliser et QUAND NE PAS l'utiliser.
2. Domaines distincts
Éviter le chevauchement. Une Skill pour les emails, une autre pour les rapports, pas deux qui font "de la rédaction".
3. Hiérarchie par catégories
skills/
├── communication/
│ ├── email-formal/
│ ├── email-casual/
│ └── slack/
├── documents/
│ ├── docx/
│ ├── pdf/
│ └── pptx/
└── code/
├── python/
└── javascript/
4. Meta-skill de routage
Une Skill "dispatcher" qui aide à choisir quand c'est ambigu.
La formule du succès
Fiabilité = f(
distinction des descriptions,
spécificité des cas d'usage,
absence de chevauchement
)
PAS fonction du nombre total
Tu peux avoir 100 Skills qui fonctionnent si chacune a un domaine clair.
Tu peux avoir 10 Skills qui se marchent dessus si les descriptions sont vagues.
Skills vs GPT Custom : deux philosophies
Comparons avec l'approche d'OpenAI.
GPT Custom (OpenAI)
┌─────────────────────────────────────┐
│ GPT "ComptaExpert" │
│ │
│ Un assistant spécialisé │
│ dans UN domaine │
│ │
│ → Changer de domaine │
│ = changer de GPT │
│ = perdre le contexte │
└─────────────────────────────────────┘
Skills (Anthropic)
┌─────────────────────────────────────┐
│ Claude + Skills │
│ │
│ UN assistant avec │
│ PLUSIEURS compétences │
│ │
│ → Changer de domaine │
│ = charger une autre Skill │
│ = contexte préservé │
└─────────────────────────────────────┘
Comparaison
| Critère | GPT Custom | Skills |
|---|---|---|
| Philosophie | Spécialiste | Généraliste augmenté |
| Mémoire entre domaines | ❌ Perdue | ✅ Préservée |
| Tâches transverses | ❌ Difficile | ✅ Naturel |
| Création | Interface graphique | Fichiers Markdown |
| Partage | GPT Store | Fichiers .skill |
Le cas d'usage révélateur
"Prépare un contrat de prestation avec les aspects juridiques ET techniques"
Avec GPTs : ouvrir GPT Juridique, copier, ouvrir GPT Dev, copier, fusionner manuellement.
Avec Skills : demander à Claude, il charge les deux Skills, produit un document cohérent.
Peut-on convertir un GPT en Skill ?
Oui, le mapping est direct :
GPT Custom → Skill
─────────── ─────
System prompt → SKILL.md (corps)
Knowledge files → references/
Actions (API) → scripts/ + MCP
Logo, nom → Frontmatter
La différence est dans l'usage, pas dans la structure.
Créer sa première Skill
Étape 1 : Identifier le besoin
Qu'est-ce que tu fais souvent qui pourrait être structuré ?
- Un type de document récurrent
- Un workflow technique
- Des règles métier spécifiques
Étape 2 : Structurer le SKILL.md
---
name: mon-workflow
description: "Description précise. Utiliser quand X. Ne pas utiliser pour Y."
---
# Mon Workflow
## Contexte
[Ce que Claude doit savoir]
## Étapes
1. [Première étape]
2. [Deuxième étape]
...
## Exemples
[Un ou deux exemples concrets]
Étape 3 : Ajouter des ressources si nécessaire
scripts/: code réutilisablereferences/: documentation détailléeassets/: templates, images
Étape 4 : Tester et itérer
Lance des demandes, observe si la Skill se déclenche, ajuste la description.
En résumé
Une Skill, c'est du texte structuré. Un fichier SKILL.md avec des instructions, optionnellement accompagné de ressources.
Le chargement est progressif. Métadonnées toujours présentes, SKILL.md chargé si trigger, ressources à la demande.
Le trigger, c'est la description. Bien l'écrire est crucial.
50+ Skills, c'est possible si les domaines sont distincts et les descriptions précises.
Skills ≠ GPT Custom. Deux philosophies : spécialiste unique vs généraliste augmenté.
Pas de magie. Juste de l'ingénierie de prompt, bien structurée.
Conclusion de la série
En trois articles, on a démystifié Claude :
- Modèles vs Outils : le cerveau est le même, ce sont les interfaces qui diffèrent
- Mécanique agentique : une boucle côté client, un modèle stateless côté serveur
- Skills : du texte injecté dans le prompt, chargé progressivement
Pas de magie. Pas d'intelligence artificielle "consciente". Juste de l'ingénierie logicielle sophistiquée autour d'un modèle de langage très capable.
Comprendre ces mécanismes, c'est pouvoir les exploiter. Créer ses propres Skills, optimiser ses prompts, utiliser le bon outil pour la bonne tâche.
L'IA générative n'est pas magique. Elle est puissante — et maintenant, tu sais comment elle fonctionne.
Cette série d'articles est basée sur une présentation donnée lors d'un événement sur Claude et l'IA générative.
Série d'articles
Comprendre Claude
Partie 3 sur 3
3Les Skills : personnaliser Claude sans magie